
Sihanoukville : la ville que le boom a emportée
En dix ans, une station balnéaire tranquille est devenue une ville-casino, puis un chantier abandonné. Comprendre cette histoire explique ce qu'on y trouve aujourd'hui.
- Le basculement
- 2016
- L'interdiction des jeux en ligne
- 2019
- De chantiers laissés inachevés
- Des centaines
- La reprise en cours
- Partielle
La ville d'avant
Fondée dans les années 1960 autour du port, la ville vivait d'une économie modeste faite de commerce maritime, de pêche et d'un tourisme de routards. Les plages d'Otres et de Serendipity accueillaient des bungalows en bois, et les îles voisines de Koh Rong et Koh Rong Sanloem commençaient à peine à être desservies.
C'était une étape de fin de voyage, pas une destination en soi. Le contraste avec ce qui a suivi rend l'épisode d'autant plus frappant.

Le boom des casinos
À partir de 2016, des investissements chinois massifs se déversent sur la ville, portés par l'initiative des nouvelles routes de la soie et par une réglementation cambodgienne permissive sur les jeux d'argent. Des dizaines de casinos sortent de terre, accompagnés d'hôtels, de tours résidentielles et d'une industrie de jeu en ligne destinée à une clientèle étrangère.
La transformation est brutale. Les loyers sont multipliés, les commerces locaux chassés, les routes défoncées par les camions, et une partie de la population cambodgienne quitte le centre. Les enseignes deviennent majoritairement en mandarin. Les backpackers, eux, disparaissent presque entièrement du paysage.
La croissance s'accompagne d'une montée de la criminalité, de trafics et d'accidents de chantier, dont l'effondrement d'un immeuble en construction en 2019, qui a fait des dizaines de morts et marqué un tournant dans l'attention portée à la ville.
L'arrêt brutal
En août 2019, le gouvernement cambodgien interdit les jeux d'argent en ligne. La mesure coupe la source de revenus qui alimentait l'essentiel du modèle. Des dizaines de milliers de travailleurs étrangers quittent la ville en quelques semaines, les capitaux se retirent, et les chantiers s'arrêtent là où ils en sont.
La fermeture des frontières l'année suivante achève le mouvement. Sihanoukville se retrouve avec des centaines de structures inachevées, béton nu et grues immobiles, une économie locale détruite et une image durablement abîmée. C'est le paysage que découvrent encore beaucoup de visiteurs.
Ce que cette histoire apprend
Le premier enseignement porte sur la vitesse. En trois ans, une ville a changé de fonction, de population et de prix, puis a perdu tout cela en quelques mois. Un investissement immobilier calé sur une tendance de deux ans y a été anéanti par une décision réglementaire unique, l'interdiction des jeux en ligne. C'est le rappel le plus concret que la valeur d'un bien dépend d'un cadre qui peut changer sans préavis.
Le second porte sur les chantiers inachevés. Des centaines de structures sont restées en béton nu, souvent sans titre clair, parfois avec des acheteurs sur plan qui n'ont jamais rien reçu. C'est l'argument le plus fort en faveur des vérifications décrites dans acheter un condo : exiger un titre existant plutôt qu'une promesse, et un échéancier adossé à l'avancement réel.
Le troisième porte sur la lecture des sources. Beaucoup de guides décrivent encore le Sihanoukville d'avant 2016, ou celui de 2020. Les deux sont faux aujourd'hui. C'est vrai de cette ville plus que d'aucune autre, mais le réflexe vaut pour tout le pays : vérifier la date de ce qu'on lit avant d'en tirer une décision.

Ce que la ville est devenue
Une reprise partielle est engagée. Le gouvernement a lancé des programmes de réhabilitation, une partie des chantiers a redémarré, les routes principales ont été refaites et l'aéroport a été agrandi. Certains hôtels ont rouvert et le port reste l'infrastructure économique majeure du pays.
Mais la ville n'a pas retrouvé son visage d'avant, et ne le retrouvera pas. Les quartiers en friche subsistent, l'ambiance reste dure, et le tourisme balnéaire s'est déplacé vers les îles. Pour un voyageur, Sihanoukville est aujourd'hui une porte d'embarquement plus qu'une destination : les ferries pour Koh Rong et Koh Rong Sanloem partent de son port, et ces îles ont conservé ce que le continent a perdu.
Pour un résident, la ville reste peu recommandable face à Kampot, à deux heures de route, qui offre la même proximité de la côte sans aucun des inconvénients. Les investisseurs immobiliers attirés par les prix bas doivent, eux, mesurer que la valeur des biens y dépend entièrement d'une reprise dont le calendrier n'est pas écrit.
Questions fréquentes sur Sihanoukville
Que s'est-il passé à Sihanoukville ?
Entre 2016 et 2019, des investissements chinois massifs ont transformé la station balnéaire en ville-casino, avec des dizaines d'établissements de jeu et une industrie de jeu en ligne. L'interdiction des jeux en ligne décidée en août 2019, puis la fermeture des frontières, ont fait partir les capitaux et les travailleurs, laissant des centaines de chantiers inachevés.
Sihanoukville vaut-elle encore le détour ?
Comme destination en soi, non : les quartiers en friche subsistent et l'ambiance reste dure malgré une reprise partielle. Comme point d'embarquement, oui : les ferries pour Koh Rong et Koh Rong Sanloem partent de son port, et ces îles ont conservé les plages et le calme que le continent a perdus.
Peut-on s'installer à Sihanoukville ?
C'est possible mais peu recommandable. La ville concentre la plupart des incidents impliquant des étrangers au Cambodge, l'environnement urbain reste dégradé et la communauté francophone y est quasi inexistante. Kampot, à deux heures de route, offre la même proximité de la côte sans ces inconvénients.
Les prix de l'immobilier y sont-ils intéressants ?
Ils sont bas comparés à Phnom Penh, ce qui attire des investisseurs. Mais la valeur des biens dépend entièrement d'une reprise dont ni l'ampleur ni le calendrier ne sont établis, et de nombreux immeubles restent inachevés ou sans titre clair. C'est un pari, pas un placement, et il demande une vérification juridique poussée.



